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Fessure

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La Nouvelle République, 9 octobre 1996

Dans un espace saturé de vide et de mystère, cinq corps dévoilent les blessures de l'invisible. Le public retient son souffle, le temps est suspendu. Ombre et lumière, gestes qui se cassent sur le vide pour un huit clos tourbillonnant.

La Nouvelle République
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"Fessure et Mare rubato, de Paco Dècina"
Iréne Filiberti, L'Humanité, mercredi 31 janvier 1996

En favorisant la création, la danse contemporaine, dont la richesse des langages n'est plus à démontrer, a la particularité d'accueillir un certain nombre d'approches autodidactes. Parmi celles-ci, le travail de Paco Dècina s'affirme depuis quelque temps déjà. Napolitain d'origine, le chorégraphe est installé à Paris depuis maintenant une dizaine d'années. De premières pièces légères, colorées, figuratives ont marqué simplement ses dispositions à engager un travail sur le temps, la mémoire, le sentiment. La trace ludique des premiers pas vers la chorégraphie entraînera Paco Dècina vers la chute. Celle de " Charybde et Sylla", pièce de rupture dans le mode d'approche du travail et aussi pièce d'émergence d'où sont issus comme des écheveaux isolés et repris chacun des spectacles suivants.

Ce sera tout d'abord vestige d'un corps-travail remarquable qui introduit dans le cheminement du chorégraphe l'idée du morcellement du corps, sur les traces de l'inconscient collectif. Puis on assiste, avec l'enchaînement de ses trois derniers spectacles "Ciro Esposito fu Vincenzo", "Fessure" et sa dernière création qui vient d'être présentée à Châteauvallon, après une résidence au TNDI (Théâtre national de danse et de l'image), "Mare rubato", au développement d'une recherche portée vers une écriture de l'image.

Les danseurs de la compagnie se font ici les interprètes particuliers des "réalités subtiles" qui animent les pièces du chorégraphe et sont autant de rêveries tout droit issues de l'image mentale à l'origine de chacune des chorégraphies de Paco Dècina. Là viennent s'inscrire les corps comme matériaux de l'intime. Ils semblent aussi agir comme la pellicule sensible qui conduit et relèvent d'une recherche sur la perception de plus en plus Éloignée de la théâtralité et portée exclusivement par le geste et la posture. Dans "Fessure", les corps se délivrent par bribes de gestes. Nimbé de lumière, leur développement a trait à la chair. Il se produit dans la lenteur d'un mouvement fluide et continu. En parcourant la pulpe du sensible, le travail chorégraphique de Paco Dècina s'arrête sur les fissures, en suit les lignes, ces "petites blessures de l'invisible" où les corps se désagrègent.

"Mare rubato" baigne dans les vibrations du blanc et des éléments sonores qui évoquent la minéralité et la densité de l'eau. Avec cette dernière création Paco Dècina synthétise l'ensemble de ses préoccupations esthétiques en retraversant la plupart de ses pièces. La notion d'effacement conduit le chorégraphe vers l'abstraction mais quelque chose de sa vision se reconstruit implacablement. Dans le silence des gestes ou de la posture, la part de l'intime demeure étanche, se joue dans un univers clos. Cadre, couleur, motif, tout tend ici à l'œuvre picturale, à la naissance et la modification de tableaux. Il semble que l'œil du chorégraphe traque dans la vibration des éléments, à force d'attention, de contemplation, quelque chose de l'âme ou d'une matière universelle.

Iréne Filiberti
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"Une première soirée plus rituelle que dérisoire"
Jean-Marie Wynants, Le Soir, 18 août 1995

Paco Dècina affronte avec cette pièce un univers dépouillé où la lumière sculpte l'espace habité par les danseurs. Tout se passe dans une sorte de no man's land entre fantasme et réalité. Dans un monde où la nostalgie, le rêve et l'émotion apparaissent à travers le interstices, les fissures du mouvement. Un travail plein de poésie et de retenue.

Jean-Marie Wynants
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"Paco Dècina, Hervé Robbe, Petite conversation autour de l'image"
Irena Filiberti et Jean-Marc Adolphe, Mouvement n°10, Mai-Juin-Juillet 1995

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Fessure développe et amplifie une singulière oeuvre au noir, qui opère dans la faille de la vision la mise à jour de gestes enfouis.
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Iréne Filiberti
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"Fessure de Paco Dècina"
Carol Müller, Dernières nouvelles d'Alsace, 25 février 1996

Paco Dècina proposait l'autre soir sur la scène de Pôle Sud son "iconographie du possible".

De Naples l'italienne où il est né, Paco Dècina hérite une latinité sensible. Façades pétries d'antique et submergées de lumière, arrière-cours ombragées, lieu de repli et de palabres. Italie rurale aux symboles agraires révérés, marque son œuvre d'un climat lointainement ruminé, mais revendiqué et pourtant si délibérément là. Paco Dècina, comme Joseph Nadj, fait partie de ces chorégraphes de l'exil qui substituent aux géographies d'enfance une cartographie des corps, laquelle relève comme l'armature fragile et sûre d'un observatoire du souvenir, les traces inconnues, les accidents discrets, les inclinaisons opportunes, inscrit très particulièrement dans la chair. Paco Dècina n'est pas un nostalgique, loin de là. Plus que de la mémoire si souvent défaillante et même parfois obscène, il tire ses leçons d'un archaïsme délicat, de celui, antique, qui s'en remettait au modelé des corps pour sonder la vérité des êtres. Chez lui, le regard, n'explore pas l'horizon mais l'en dedans. Comment frayer le chemin de l'origine ? semble-t-il interroger pièces après pièces. Et cette essentielle question lui fait préférer l'interstice, la fissure, ce qui révèle à ce qui serait révélé.

"Fessure" donc s'étoffe de ce principe. Peu de lumière, une réserve immense de noir crée la zone d'oubli et aussi d'émergence. Il y a, chez ce chorégraphe, une économie du visible qui prend la forme d'une très grande pudeur et le contre-pied de tout ce qui imposerait au corps un état de démonstration physique. La marche précisément réglée mais sans sophistication rétablit en permanence cette cadence lente, voulue pour elle-même et pour tout ce qu'elle impose d'à- propos au mouvement et aux positions. De là vient, sans doute, cette sensation obscure d'une opération physique remarquablement accomplie dans l'approximation d'un état de veille ou peut-être –et c'est sans doute l'étrange béance que parcourt incessamment "Fessure" – de mort. De là vient aussi cette ritualité qui détermine, en somme, précautionneusement toute circulation et tout rencontre. La musique apporte à ces chorégies le juste soupçon de modernité qu'il faut, sans démanteler en rien ce sanctuaire du présent que Paco Dècina a conçu comme une chambre noire : pour l'éclipse ou la révélation.

Carol Müller
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Fessure"
Lime Light, Février 1996

Depuis 1987, Paco Dècina, le napolitain de Paris, trace sa destinée chorégraphique loin du tapage médiatique avec méticulosité et fantaisie. De par ses origines, il a su confronter sa créativité aux vestiges, au passé, au quotidien oscillant entre France et Italie, où l'atmosphère du sud transparaît et affleure. Belles ou sombres histoires aux duos altiers, où les chutes sont d'éphémères accidents : la légèreté sauve et transporte les corps à chaque instant. Songe dans une étendue imaginaire, Éblouissant de vide, "Fessure" est comme une "chambre vide habitée par la lumière, quelques petits objets, telles des pierres volcaniques parce qu'elles ont plus d'histoire et plus de passion à mes yeux".

Une vision nette les yeux fermés, la danse balaye le plateau vide gorgé de lumière. On est dans un temps lointain : les corps s'éveillent, sculptures toutes à leurs rêves, à leur sommeil. Ces petites blessures de l'invisible qui laissent apercevoir la coulée continue de nos sentiments, petites fissures en temps suspendus où les corps lointains perdent leur histoire derrière les fentes…

"Ces fissures alors sont des solos, des duos, des trios, des petits ensembles qui, comme des vagues, s'entrelacent, se chevauchent pour nous parler d'une mer plus grande, d'un océan caché derrière les murs de tous les jours, les murs d'un œil distrait."

Paco Dècina révèle les corps de l'histoire endormie, figée comme dans la lave du Vésuve. Réveil d'un déluge assouvi, la chorégraphie se fait charnelle, les postures et les motifs convoqués au regard s'incarnent dans la chair de sa danse…grave, respectueuse d'une civilisation chère au Napolitain. Mémoire, symbole, une danse en coulée de sable gris qui ruisselle entre les interstices du souvenir.

Lime Light
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"La danse à l'état pur"
Isabelle Gabrion, La République du Centre, 20 février 1995

Une plage immense et sombre où chaque tache de couleur, chaque volume, chaque mouvement des cinq danseurs sont disposés avec cette rigueur architecturale qui caractérise le chorégraphe napolitain. La scène est habitée.

Isabelle Gabrion
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"à l'ombre de la passion"
Dominique Larrieu, La Marseillaise, 29 juillet 1994

Paco Dècina prend le temps d'installer des états, dessinant autour des corps, le vide en orfèvre consciencieux. Il viole sans douleur l'intimité Étroite des sentiments pour nous donner à voir comme une offrande ce qu'il appelle ces "petites blessures de l'invisible". Toujours ou presque en décalage, refusant l'idée de spectaculaire, il Élabore une gestuelle et une mise en espace tout en senti, dans la résurgence distante ou distraite que l'on prête parfois aux souvenirs anciens.

Dominique Larrieu
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"Paco Dècina sans artifice"
Bertrand Arbogast, L'Echo, 20 février 1994

Duos de femmes, duos d'homme, trio de femme, duos homme et femme se succèdent avec des instants de grâce, des compositions fulgurantes.

Bertrand Arbogast
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"Les petits lieux de la danse"
Irène Filiberti, Regards sur la Création n°3, juin 1995

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Fessure, travail charnel et poétique proche de l'icône ou le chorégraphe développe une écriture de plus en plus vierge et dépouillée, traçant sous la lumière et le détail des corps une rêverie commune.
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Irène Filiberti
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